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La fréquence d’usage
Un vocabulaire orthographique de base (V.O.B)
déterminé par les fréquences (probabilité d’apparition des mots) n’est qu’un
référentiel au service d’une fin, l’expression par écrit d’un message. Il permet de dégager les priorités en matière
d’ « enseignement / apprentissage / remédiation » pour viser à
l’essentiel avant l’accessoire, le fréquent avant le rare
(« apercevoir », 30 fois plus courant qu’
« apaiser » ; « maison » avant « villa » ;
« bleu » avant « violet » ; « casser » avant
« briser » ; « trois » avant « treize »).
Cette base indispensable se révèle suffisante
puisque les 3.000 mots du corpus assurent à 93% environ nos besoins
orthographiques dans des situations courantes de communication écrite. Ce vocabulaire de l’écriture, beaucoup plus
restreint que celui de la lecture, ce petit nombre de mots très répétés, ne doit
pas nous faire sous-estimer le bagage lexical bien plus important de mots peu
fréquents (de 10.000 pour un enfant de 6 ans à 50.000 pour un adulte moyennement
cultivé).
Ce vocabulaire de base n’est pas à l’abri
de tout reproche. Les premières listes
(celles de Louvain-programme Pirenne) datent de 1936 et des enquêtes
statistiques et scientifiques récentes pour actualiser leur contenu nous
manquent cruellement. Comme nous pouvons
le constater, le plupart des mots concrets (bouchon, casserole, fourchette,
frigo, garage) échappent à ces relevés.
Des mots bien connus, comme « aboiement, atomique, tapisser »,
ne s’y retrouvent pas. D’où l’idée
d’affiner les résultats en procédant à des comptages par centres d’intérêt pour
la recherche de ces mots disponibles qui ne seront utilisés que dans des
circonstances particulières et relèvent plus de l’oral que de l’écrit. Encore faudrait-il connaître le
« poids » de ce vocabulaire thématique par rapport au lexique
total. D’autres chercheurs ont proposé
des coefficients de dispersion et de répartition, des notions de familiarité ou
d’âge d’emploi. Ces éléments fort utiles
peuvent apporter des informations complémentaires mais ils ne remettent pas en
cause le rôle déterminant de la fréquence, d’autant plus que des études
récentes sur les formes fléchies les plus courantes complètent heureusement ces
résultats globaux (« cheveu », une forme singulier pour 57 formes
pluriel ; 50% de la fréquence totale d’ « être » et d’
« avoir » se résument à 4 priorités « est, était, a
avait »). Dans le même ordre d’idées, les fréquences peuvent nous éclairer
quant à distinguer la nature des mots tels que « frais », adjectif ou
nom, « boucher », verbe ou nom, « rose », adjectif ou nom
ou l’emploi des mots en fonction du sens : « café », boisson ou
lieu public, « souper », le repas ou manger tard). Et que signifient « clin » et
« grappe » découpés en unités, en l’absence de clin d’œil et de
grappe de raisins.
Toujours à ce sujet, notons une tentative
récente de Christian LACHAUD de l’Université de Genève qu vient de mettre en
ligne une enquête visant à recueillir pour 10.000 mots de la langue française
l’âge d’acquisition et la familiarité (une première étude sur 875 mots peut
être téléchargée gratuitement).
En définitive, une échelle de fréquence
constitue un guide sûr et pratique, un référentiel indispensable pour une étude
rationnelle, scientifique, progressive et individualisée d’un vocabulaire
orthographique de base. Cet
apprentissage sera grandement facilité par le fait que les mots appartiennent
au vécu de l’enfant, qu’ils ne seront pas étudiés isolément mais dans des
contextes signifiants. Le recours à des
didacticiels pour une appropriation plus rapide des automatismes pourrait
contribuer à faciliter grandement la tâche des maîtres et des apprenants. En l’absence de toute grande réforme de
l’orthographe une fixation solide des mots les plus fréquents est une voie à
privilégier aux fins de dégager les grands principes de régularités
orthographiques.
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